Symphony
Mary attendit d’être rentrée à Johto pour parler à Eliaz du projet d’Artus. Jusqu’alors ses parents ignoraient qu’il avait envie de faire de la musique son métier. Son père n’avait pas réagi à cette annonce. Plus le temps passait et plus Artus avait le sentiment que tout ce qui le concernait indifférait complètement son géniteur, comme s’il était convaincu de son irrémédiable imperfection crasse, alors qu’Artus faisait tout pour s’améliorer. La rigueur était sa force, mais le travail pouvait-il remplacer le talent inné ?
Les retrouvailles avec le responsable de la chorale furent tendues. Artus parlait très très peu depuis son retour d’Unys. Il ne supportait pas d’entendre sa voix mutante, il n’osait plus chanter seul chez lui, mais son professeur avait besoin de l’écouter et de le tester. Artus ne savait pas ce que sa mère lui avait dit exactement, mais elle s’était entretenue avec lui en amont pour parler des angoisses de son fils.
— Tu vas reprendre la chanson que l’on répète depuis janvier d’accord ?
— Je ne vais pas y arriver... susurra Artus d’une voix à peine audible et démoralisée.
Lui et son professeur étaient en tête à tête dans l’odéon, Mary patientait devant la porte fermée, Artus l’imaginait très nerveuse. Depuis qu’il avait pété un plomb chez le médecin, elle s’inquiétait énormément pour lui. Il avait refusé de reprendre les répétitions collectives et son professeur cherchait un moyen de le rassurer pour qu’il reprenne les activités.
— Tu vas t’habituer Artus. Reste concentré, détends-toi et fais comme je t’ai appris.
Artus avait toujours envie de pleurer, mais s’il avait un nœud dans la gorge, il ne risquait pas de chanter correctement. Il lui fallut de longues secondes, presque des minutes, pour se calmer. Il repensa à Meloetta, à sa silhouette fantasmagorique, à sa voix enchanteresse et son aura bienfaitrice... Elle l’avait touché au niveau de la trachée, elle l’avait forcément béni, forcément. Il lui avait offert ses chaussures et une chanson, il avait chanté avec elle, si son pouvoir n’était pas un mythe, il devait avoir réussi, il devait lui aussi avoir son don désormais...
Il inspira profondément.
« I've been hearing symphonies...
Before, all I heard was silence.
A rhapsody for you and me,
And every melody is timeless.
Life was stringing me along,
Then you came and you cut me loose.
Was solo, singing on my own,
Now I can't find the key without you.
And now your song is on repeat
And I'm dancing on to your heartbeat.
And when you're gone, I feel incomplete
So, if you want the truth...
I just wanna be part of your symphony !
Will you hold me tight and not let go?
Symphony ! » ~~~
La voix d’Artus résonna en écho dans la salle vide. Il avait un peu de mal à reconnaître son propre chant. Le timbre avait changé c’était indéniable, mais il avait réussi à le contrôler le temps d’un couplet entier en tirant plus que de coutume sur sa voix de tête, sans laisser ses cordes vocales prépubères lui jouer un mauvais tour. Elle était mellifluente et puissante à la fois, avec une consonance captivante, presque féérique.
Le professeur de chant réprima un léger soupir, il avait l’air plus soulagé qu’Artus lui-même.
— Tu seras visiblement un ténor... Tu as vraiment une très belle voix tu sais ?
— Merci... Dites, vous pensez que je pourrais le faire professionnellement ? Chanter, je veux dire.
— Oui, tu as le potentiel. Et si tu t’en donnes les moyens, tu iras loin.
~~~ "Symphony", Clean Bandit feat. Zara Larsson.