Je dessine d'abord sa tête. Sa tête est ronde. Enfin, pas tout à fait ronde, mais pas tout à fait carrée non plus. Entre les deux.
Je dessine son corps, rond. Enfin, pas tout à fait rond, mais pas tout à fait carré non plus. Entre les deux, quoi ! Mais c'est là que surviennent les problèmes. En effet, je n'ai rien sous la main pour lui donner des jambes. Dommage, je suis obligé de faire ça : je lui arrache la moitié du visage et m'en sert pour façonner la jambe gauche. Puis, je lui arrache la moitié du corps pour en faire la jambe droite (ne craignez rien, ce n'est qu'un personnage de fiction après tout, il ne souffre pas). Voilà, mon personnage est prêt !
Il faut le nommer. J'ai décidé de l'appeler "Dieu".
Je donne ensuite la Vie à Dieu. Il me demande d'abord:
« C'est toi qui m'a créé?
- Oui.
- Pourquoi as-tu fait ça?
- Parce que je m'ennuyais.
- Serais-je donc une distraction pour toi ?
- Regarder la Vie est toujours une distraction pour moi.
- Pourquoi je n'ai pas de mains?
- Tu n'as pas besoin de ça pour agir sur ton environnement. Ta pensée à elle seule est suffisante. »
Plusieurs jours passent alors que je regarde Dieu vivre.
Soudain, il me dit:
« Je m'ennuie moi aussi.
- Ah ?
- Oui. Et si je créais un personnage moi aussi ?
- Oui c'est une idée intéressante.
- Je ne vais pas me contenter d'un seul. Je compte créer deux personnages.
- Pourquoi deux ?
- Ainsi ils pourraient s'aimer. »
Alors je regarde Dieu à l'œuvre. Remarquant alors qu'il façonne ses personnages d'une manière assez étrange, je pose quelques questions...
« Pourquoi tu les dotes de mains ?
- Je les dote d'un esprit faible, donc il leur faut bien ça pour compenser.
- Pourquoi tu les dotes d'un esprit faible ?
- Parce qu'à mon sens, seul un esprit faible peut aimer. »
Je le regarde faire, et en quelques jours (j'ai appris plus tard que ce fut en six jours plus exactement), il créa non seulement deux personnages, mais tout un environnement qui leur convient. Dieu m'explique qu'ils ont besoin de nourriture et d'eau pour vivre, cela leur rappellera qu'ils sont faibles.
Je regarde alors les deux humains (Dieu les a nommés ainsi) s'aimer. Ils ont chacun un nom : Adam pour l'un, Ève pour l'autre.
« Où as-tu trouvé la matière nécessaire à leur fabrication? demandai-je à Dieu.
- Ils ne sont constitués que de mes pensées, en quelque sorte ils font donc partie intégrante de moi. Pour Ève j'ai arraché une càte à Adam pour la façonner, c'est pour ça qu'elle est plus petite. »
Mais Dieu m'explique aussi qu'ils devront un jour se passer de lui, car lui-même n'est pas éternel, et eux non plus. Pour que l'Amour se perpétue, il les a dotés d'un don extraordinaire et très original: le don de procréer. Il m'explique qu'ils créeront la Vie par amour l'un pour l'autre, et que leurs enfants feront de même. Ainsi l'Amour ne se perdra jamais.
Bien plus tard, Dieu m'annonça que son corps dépérissait et qu'il allait bientôt disparaître, et emporter avec lui son âme dans le Néant.
Il me dit qu'il fallait continuer à observer d'un œil ce monde qu'il a créé, mais qu'il ne fallait pas y intervenir, d'une quelconque façon.
A ce moment-là, je vis Dieu perdre tour à tour ses jambes, son corps, sa tête. Et je me dis que finalement, Dieu a créé des personnages bien plus parfaits que le mien.
Alors je continue à veiller sur son monde d'un œil bienveillant, et, ayant pitié des humains, il m'arrive parfois (mais heureusement assez rarement) d'intervenir malgré les avertissements de Dieu.
Je fais un nouvel essai.
Cette "nouvelle" que j'ai écrite l'année dernière propose pas mal de débuts de réflexion. Ce n'est pas un fanfic, elle n'est pas écrite juste pour le plaisir mais pour amener justement à réfléchir.
Comme Olink me reproche d'avoir balancé ma précédente sans explications, et qu'apparemment c'est pour cela qu'elle a été verrouillée, je vous propose directement quelques pistes pour lancer le débat.
1. Sur la causalité première, et la fausse réalité de la vie : notre univers n'est-il pas finalement une histoire imaginaire ? Dieu ne sort-il pas de l'imagination du néant ?
2. Le créationnisme : Dieu a-t-il survécu à la création du monde ? Peut-être qu'il s'est "consommé" pour nous donner vie ? Notons aussi : peut-être que le dieu qui régit notre monde n'est pas celui qui l'a créé.
3. Sur la nécessité de l'amour : est-ce que seul un esprit faible peut aimer ? Est-ce que l'amour, avant d'être beau, est utile ?
4. Sur notre libre arbitre : sommes-nous des marionnettes sans liberté réelle ? Ou avons-nous véritablement une volonté par delà le déterminisme naturel ?
Voilà, si avec ça vous me dites que ma nouvelle n'a rien a faire ici, c'est qu'il vous faudra revoir votre définition du sérieux.
). Si tu dis que Dieu n'est pas tout-puissant, et qu'en plus il n'est pas le seul dieu, on tombe le le polythéisme ! (Quoique je n'ai rien contre le polythéisme, si ce n'est que je pense que c'est une betise)
) la tienne : Si nous sommes des marionettes sans libertés, de qui sommes nous les marionettes ? Et si nous possedons un libre arbitre, alors quel est son role ?