Message édité le 12/12/2010 à 21:59.
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[Titre] : ikkatsu
Journal de Kamina
J'ai réussi à prendre le premier train en direction de Pokélord. Il est attrocement bondé, mais j'ai réussi à me faufiler jusqu'à une place assise pour rédiger ce qui me semble le plus utile. Comme un récapitulatif, par exemple, afin d'avoir les idées claires et organisées quand je m'adresserai à l'inspecteur Arty.
Tout d'abord, ce visage dans le journal. Puis ces bribes de texte qui traitent plus ou moins directement sur la mafia, à coup d'accusations infondées et de soupçons. Puis ce petit mot du directeur de Pokélord Times, que je pensais jusque là anodin. Il y a ensuite, si je ne m'abuse, le rapport de l'inspecteur Arty sur l'identité du nouveau visage de la mafia Pokélordienne. Ce fameux Bouh, dont le nom résonne inlassablement de ma tête, mêlé à la douce voix de ma femme. J'écris ensuite cette lettre à ce fameux Bouh, jusqu'à recevoir sa réponse... avec une écriture strictement identique qu'au mot de remerciement du directeur de Pokélord.
J'écrivais inconsciemment ce récapitulatif, alors que le train tanguait et grinçait sur les rails. Certains passants curieux observaient mes notes, avec des yeux grands ouverts et horrifiés, alors que d'autres étaient avachis sur les places assises, dans un profond sommeil ou dans une contemplation imperturbable du paysage Pokélordien. Ces montagnes enneigés qui se dressaient derrière les collines verdoyantes, chatouillant allégrement les nuages. Le soleil venait surplomber ce magnifique spectacle, dans une douce chaleur.
Le freinage brusque et métallique du train m'arracha à cette furtive contemplation. Nous étions arrivés en gare de Pokélord, et je refermais tranquillement mon cahier tandis que les passagers grouillaient et se bousculaient pour s'extirper au plus vite de ce wagon.
Journal de Kamina
L'air frais vient purifier mes poumons, accablés par l'air saturé en pollution et nauséabond de Pokélord. Je suis de retour à ma maison de campagne, et quelques gouttes viennent effacer l’encre… je crois qu'il pleut.
Quel fut mon plaisir, tout d'abord, de m'extirper de ce wagon puant la transpiration, accentué par cette chaleur humaine. Je me réfugiais au plus vite dans les rues Pokélordienne, baignées dans un soleil hivernal qui venait caresser mon visage. La ville, bien que polluée et agitée par toute cette fourmilère humaine, baignait dans une chaleur tellement agréable. Je suintais légèrement dans mes épaisseurs hivernales, activant le pas en esquivant tous ces hommes pressés.
Le commissariat se dessinait progressivement parmi les buildings de Pokélord, au fur et à mesure que je remontais l’avenue. J’observais plus ou moins tous les gens que je croisais, en les analysant d’un coup d’œil que je voulais perçant. Bien qu’il ne fut pas difficile de repérer les cadres et les PDG, les hommes d’affaire et les banquiers, qui affichaient fièrement leurs costards respirant la classe et le luxe. Ils faisaient contrastes avec tous ces malheureux qui gisaient sur le trottoir, sans domicile ni nourriture, à mendier les mains ouvertes, tendues vers le ciel, le visage accablé par la crasse et la lassitude. Puis soudain me vint à l’idée que, parmi toute cette agitation, se cachait sûrement les mafieux, les policiers en civil, les criminels, les meurtriers… tout le monde se fondait dans la masse, et sûrement étais-je le seul homme parmi toute cette foule qui prenait conscience d’un certain danger.
Je m’arrêta de songer à tout ceci quand je poussa la porte du commissariat, dans son grincement habituel. La même dame « m’accueillit » , et elle semblait encore plus vieille et aigrie que la fois dernière. Je me contenta, cette fois, de lui adresser un simple regard, avant de m’engouffrer dans les escaliers.
Je toquais à la porte de l’inspecteur Arty, secoué par le stress et l’excitation. Je ne pouvais pas m’empêcher de trembler, le front exsudant. Aucune voix ne m’ordonna d’entrer, cette fois-ci, et je m’autorisa à ouvrir la porte en dépit de cette autorisation. L’immense pièce offrait sur des étagères remplies de livres sur la criminologie, une chaise, un bureau, un fauteuil et un vulgaire ordinateur qui semblait aussi vieux que l’hôtesse « d’accueil ». Elle semblait atrocement vide, avec ces pauvres meubles qui tentait au mieux de la combler. Elle semblait atrocement vide car la plus grosse pièce qui pouvait la composer n’était pas : l’inspecteur Arty.
Quelle méchanceté, je vous l’accorde, même personne ne lira ça. Quoi qu’il en soit, j’ai refermé la porte dans un soupir déçu. Je n’étais plus en proie à toute cette excitation, et je redescendais mollement les escaliers pour me retrouver à nouveau dans le hall du commissariat. La vieille dame n’a pas daignée m’adresser un regard, trifouillant quelques papiers vierges, sûrement pour se donner une allure travailleuse et investie. Je poussais à nouveau la porte grinçante du commissariat quand l’ancêtre lâcha un sifflement aigüe.
Je me retourna, étonné, alors qu’elle me regardait avec ses yeux vitreux, où je pouvais apercevoir mon visage teinté de surprise. Elle arracha ses fesses de son fauteuil, fit le tour du bureau et m’invita à la suivre vers le fond du commissariat. Je lui emboîtais le pas, intrigué mais en proie cette fois-ci à une curiosité que je devais assouvir.
Elle m’entraîna au fond du commissariat, devant une porte en bois d’un blanc aveuglant. La poignée faisait contraste dans un noir impénétrable, comme ces ténèbres qui nous engloutissent avant de sombrer dans un profond sommeil.
Elle tourna cette poignée, pour ouvrir sur une pièce incroyablement petite. C’en était presque ridicule de l’avoir gratifiée d’une si belle porte. Elle m’invita à entrer, puis referma brusquement la porte, dans un claquement qui résonna lugubrement dans cet espace si confiné. J’étais maintenant plongé dans le noir le plus total, aussi sombre que cette poignée de porte qui me revenait inlassablement en tête. Je fus vite arracher à ma rêverie quand j’entendis ce grattement sur le sol. Comme des ongles qui grattaient, dans un murmure à peine perceptible. Je cherchais désespérément un interrupteur pour chasser ces ténèbres, tandis qu’un souffle rauque se faisait entendre peu à peu, dans une pointe de panique. Le souffle se faisait de plus en plus entendre, saccadé par quelques sanglots. Je trouvais enfin l’interrupteur, alors que ces bruits attisaient peu à peu ma peur.
La lumière me fit découvrir un spectacle macabre, que je n’aurais jamais cru découvrir ici. Dans un commissariat, dans une pièce si étroite. L’inspecteur Arty était là, accroupi par terre, les ongles rongés jusqu’à la peau qui grattaient perpétuellement le sol, mutilé et le visage défiguré par les coups et la peur. Sa bouche était recouverte d’un vulgaire foulard, teinté de sang, tandis que ses yeux me suppliaient de le sortir de là.
J’entendais, derrière la porte, le rire terrifiant de cette vieille folle qui résonnait dans les couloirs du commissariat. J’avais tellement pitié de l’inspecteur, ce gros homme qui gisait pitoyablement sur le sol, les larmes qui venaient perlaient ses joues parmi les tâches de sang coagulé.
Puis une voix vint se mêler à ce rire sardonique, une voix si rauque et criante de mépris.
- Alors, qu’en advient-il, Shaka ? fit la voix d’une arrogance stupéfiante.
J’en déduisais ainsi que cette vieille femme, que j’avais jusqu’à alors jugé sans importance et malpolie, s’appellait Shaka. J’en déduisais aussi qu’elle n’était pas forcément une sainte. Je regardais à nouveau l’inspecteur Arty, dont les sanglots était étouffé par le foulard maculé de sang, et j’avais du mal à réaliser que cette femme cadavérique ait pu faire subir ceci à une homme si imposant.
Je détachais enfin le foulard de l’inspecteur, lui imposant le silence en posant mon doigt sur la bouche. Il arborait un visage paniqué, les joues humides et les plis de graisses recouverts de sang. J’éprouvais une pitié d’autant plus forte, quand la porte s’ouvrit soudainement, remplissant d’une lumière pure cette pièce ridicule dans laquelle nous étions enfermés. Je regardais les deux silhouettes qui se dessinaient dans l’embouchure de la porte, masquées par cette lumière qui m’aveuglait. Je distinguais cette silhouette frêle et mince, qui appartenait sans nul doute à Shaka. Elle était secouée par quelques rires hautains.
L’autre silhouette était indéniablement celle d’un homme, bien que j’en avais déjà eu la confirmation lorsqu’il eut pris la parole. Il semblait grand et fort, et j’aurais incontestablement attribué cette silhouette à celle d’un sportif accompli. Lui n’était pas en proie à ces quelques rires ridicules, il se contentait juste de nous observer, les mains croisées derrière le dos.
Alors que ma vue s’accommodait peu à peu à cette lumière aveuglante, l’homme se rapprocha de nous. Chaque pas résonnaient dans la pièce, soudainement envahit par un lourd silence. Je me contentais de détourner le regard pour observer, avec pitié, l’inspecteur Arty.
- C’est donc toi ? questionna l’homme, d’une voix qui s’était adoucie.
- Moi ? rétorquai-je, intrigué.
L’inspecteur toussota légèrement, puis me regarda d’un air terrifié.
- C’est… Bouh… chuchota-t-il.
Puis tout me vint comme un éclair : ma femme, la mafia, les journaux, Bouh… puis l’inspecteur Arty, atrocement défiguré et ensanglanté.
Je détourna le regard vers Bouh, qui avait déjà sorti son pistolet. Il était braqué sur moi, et j’étais de nouveau en proie à ces tremblements.
- Est-ce que tu connais cet homme ? me demanda-t-il d’une voix exagérément doucereuse.
J’avais compris, et ce ne fut pas pour me réjouir. Mes tremblements s’accentuait, et j’essayais au mieux de les dissimuler. J’avais un choix à faire, et je l’ai fait.
- Non, je ne le connais pas, affirmai-je.
Shaka s’avança alors soudainement vers nous, le visage criant de haine. Bouh la regarda d’un mépris qui se voulait égal à la voix de tout à l’heure. Elle s’apprêtait à ouvrir la bouche que le chef de la mafia lui logea une balle en pleine tête. Il venait, à mon grand soulagement, de détruire une voix qui aurait porté préjudice à mon horrible mensonge.
La pièce était si petite que nous fûmes éclaboussés par le sang et quelques fragments de visage déchiquetés. Le corps flétri de Shaka baignait dans une mare de sang, un trou béant dans le visage.
- Tu disais donc ? reprit-il, se tournant vers moi.
- Je ne le connais pas.
J’essayais au mieux de masquer mon dégoût et ma peine, quand il me tendit soudain la crosse du pistolet. Je crus apercevoir un sourire fendre son visage assombri par un chapeau, puis il se retourna et alla s’adosser contre la porte.
- Tu sais ce qu’il te reste à faire, alors.
J’avais fait mon choix, j’y étais confronté, je savais qu’il n’y avait pas de retour. J’observais le pistolet entre mes mains tremblantes, tandis que je sentais le regard de l’inspecteur qui pesait sur moi. Lorsque je me décida enfin à le regarder, il arborait un léger sourire et son visage semblait apaiser. Sûrement, selon lui, avais-je fait le bon choix. Je n’en étais pas si certain.
J’observais pour la dernière fois le visage de cet homme, accroupi devant moi, le sourire aux lèvres. Je ferma les yeux, puis j’appuya sur la détente. Une détonation qui résonna dans ce confinement, résonnant encore actuellement dans ma tête. J’ouvrais les yeux pour découvrir cette masse affalée par terre, le visage explosé, ruisselant de sang.
Je m’efforçais de fuir cet horrible spectacle, puis j’allais tendre l’arme de mon crime odieux à Bouh. Celui-ci rigola sardoniquement, puis me tapa sur l’épaule.
- Très bien, chez Mr. Fox, je crois que vous aviez envie de vous joindre à moi ? questionna-t-il.
J’ai tué un homme pour intégrer la mafia et assouvir mon désir de vengeance. Je suis chez moi, à écrire ces quelques lignes, et quelques gouttes viennent effacer l’encre. Je crois bien qu’il pleut… je crois bien que je pleure.
Pardon, Mr. Arty.
Pour une fois qu'on voit une fille on voudrait en profiter plus steplait!!!
J'avoue que ca m'avait manqué aussi, depuis le temps... Après tout y'a pas de mal à profiter d'une ennemie! Héhéhé