Kinemu a dit
https://www.hacking-social.com/2014/01/15/qui-veut-la-peau-des-bisounours/
[quote]Altruisme, empathie… Comment ! Cela existe encore ? J’en ai bien peur. Mais ne vous en faites pas, tout est fait pour éradiquer ce fléau.[/quote]
Dans l'article il y a un passage que j'ai beaucoup aimé sur "l'argument de clan". C'est très vrai !
Par contre ça m'a fait prendre conscience d'une chose : on peut être naïf et candide et faire quand même preuve de brutalisme.
La définition du bisounours n'est pas claire : la naïveté ne suffit pas, le bisounours c'est surtout gentillesse et bienveillance, or on peut être gentil sans être naïf.
Spoil : un bisounours qu'est ce que c'est ? (extrait)
ceux qui ont de bonnes intentions, ceux qui se refusent à la banalité de la violence et à l’indifférence généralisée, ceux qui cherchent à faire bouger les lignes pacifiquement en respect des opinions contraires, ceux qui se refusent à écraser autrui… Si vous êtes un tant soit peu attentif à votre environnement social, ou à ce que diffusent les médias, vous remarquerez qu’il n’y a plus aucune place à ces « faiblesses » que sont l’altruisme et l’empathie.
"Le sol de l'enfer est pavé de bonnes intentions"... Les non-bisounours peuvent aussi avoir de bonnes intentions !
L'altruisme et l'empathie ne sont pas considérés comme des faiblesses par tant de gens que ça, il ne faut pas généraliser abusivement, ou alors on ne fréquente pas les mêmes "environnements sociaux" et on n'écoute pas les mêmes médias.
Pour moi le problème est beaucoup plus vicieux que ça... En fait, il y a surtout un manque de recul et de remise en question et surtout une trop grande sélectivité de l'altruisme. La plupart des gens acceptent d'aider une catégorie de personnes A, mais pas une catégorie B, et la C on l'aide sous condition.
Quant à l'empathie, il y a trop souvent confusion entre empathie, compassion et sympathie. La plupart des gens ne désirent pas l'empathie mais la compassion et la sympathie, car concrètement c'est vrai qu'un bisounours va faire preuve d'empathie mais il ne va pas changer son fusil à fleur d'épaule : l'empathie lui permet de respecter un avis contraire au sien. Or, chez les non bisounours, l'empathie ne sert à rien s'il n'y a pas compassion + sympathie, c'est plus intéressant d'avoir des soutiens concrets que quelqu'un qui dit juste "je te comprends".
Deux exemples, un général et un précis :
- les végans, pour moi sont naïfs (penser que le monde ira mieux en arrêtant d'exploiter des animaux c'est au mieux être naïf au pire être complètement con, car ça illustre une méconnaissance dans des dizaines de domaines allant de l'histoire à la géographie, en passant par la psychologie humaine, l'écologie et la phylogénétique). Pourtant, une partie des végans sont clairement brutalistes, et pas qu'un peu (le militantisme évoqué dans le paragraphe sur les clans).
- Mon ami N, dont je n'ai pas parlé depuis un bout de temps, et son papa sont des brutalistes déguisés en humanistes. Pourtant N peut être particulièrement doux et excessivement naïf. C'est d'ailleurs je crois sa naïveté qui le conduit à avoir des réactions extrêmes lorsqu'il se sent trahi. Mais ça ne me viendrait pas à l'idée de le traiter de bisounours, car s'il sait être gentil et bienveillant, il sait aussi faire mal pour se défendre ou faire rentrer - de force - une idée dans la tête de quelqu'un.
Ses intentions sont bonnes mais la violence fait partie de ses outils, tout comme chez les végans d'ailleurs.
A mon sens, l'insulte de bisounours n'est qu'une insulte : c'est un refus de débat.
Il ne faut pas le prendre mal au point de rédiger un article nommé "Qui veut la peau des bisounours ?" (quoi qu'il y a des passages intéressants comme "Le brutalisme par naïveté, manque de créativité et d’enthousiasme" et "Le brutalisme des activistes et du militantisme").
Il faut juste savoir que c'est un moyen de dire à quelqu'un : "tu m’ennuie, je n'ai pas envie de parler avec toi." le motif officiel étant : trop naïf, trop gentil, etc... Mais en fait le motif officiel on s'en fout, ce n'est qu'une critique comme une autre, libre à la personne "bisounours" d'accepter ce qu'elle est ou de chercher à changer si ça ne lui convient pas.
Le motif importe peu, quand on dit à quelqu'un t'es un salaud ou un connard, c'est aussi un refus de débat ou du moins ça met un terme au débat. Une fois l'insulte lancée, on perd l'attention de son interlocuteur qui sera soit blessé, soit énervé.
D'ailleurs l'article lui même montre que les bisounours ne sont pas si bisounours que ça quand on regarde la description du "brutaliste" type :
misogyne, homophobe, populiste, belliciste, misanthrope, fataliste, fait preuve de mépris (méprisant), aversion contre certaines personnalités et contre les "bons sentiments", tape du poing (violent), il vise la réussite, il se contente de "petite phrase"...
Il manque juste nazi et bolchévique et on aurait la totale ! C'est de l’exagération totale, même Voldemor et Gargamel ne sont pas aussi démoniaques.
Non il existe autant de bisounours que de brutalistes et on peut être à la fois bisounours et brutaliste (je veux dire avoir des traits de chaque profil), tout dépend du sujet abordé. Au final c'est ce qui ressort des exemples listés dans l'article.
Et pour la conclusion :
"Il est commun de croire qu’il n’y a que deux voies possibles au changement: laisser faire ou combattre. Nous suivons une troisième voie: expérimenter et construire."
En théorie c'est parfait, mais dans la pratique il y a tellement d'obstacles que - ce n'est que mon avis - les gens qui sont régulièrement emmerdés lors de l’expérimentation et la construction, finissent par désespérer et se laissent envahir par leurs mauvais instincts, ce qui conduit à "laisser faire" ou "combattre / imposer par la violence."
C'est un cycle, pour expérimenter et construire il faut garder l'espoir et l'esprit clair, or ce n'est pas si facile. La métaphore de "grande maladie" est bien choisie dans l'article car c'est le cœur du problème : à force de prendre des coups on finit par répondre à la brutalité par la brutalité, et faire front pour ne pas céder nécessite une grande force intérieure mais elle n'est pas infaillible (d'où ce que je disais on peut avoir des traits de "brutalistes" et des traits de bisounours).